Témoignage

Je me tiens devant vous aujourd’hui pour partager un témoignage de rencontre, de foi et d’espérance.
ll y a  environ six mois, j’ai rencontré Francis Borderie par le plus grand des hasards.
Mais aujourd’hui, avec le recul, je me demande si c’était vraiment un hasard.
C’était à la fin d’une messe, à l’église St Ferdinand à Arcachon. Les orgues jouaient la sortie, les fidèles quittaient peu à peu les bancs. L’office était terminé.
Mais Francis, lui, était resté agenouillé. La tête dans les mains. Habité par une émotion si profonde qu’elle se lisait sur tout son visage.
Je me suis approchée doucement et je lui ai demandé :
« Ça ne va pas, Monsieur ? »
Alors Francis m’a pris par le bras et m’a fait asseoir près de lui. Il a sorti sa tablette et m’a écrit quelques mots : il était atteint de la maladie de Charcot et avait perdu l’usage de la parole.
Nous sommes restés là longtemps.  Lui écrivant,  Moi lisant …
Et pourtant, dans ce silence, quelque chose s’est passé , une communication profonde s’est établie entre nous, une communication qui a duré bien au-delà de cette première rencontre.
Quinze jours plus tard — comme un signe — nous nous sommes retrouvés exactement au même endroit.
Cette fois, Francis m’a écrit qu’il avait un grand désir : communier. Mais la maladie l’empêchait désormais d’avaler.
À partir de ce moment-là, un dialogue inattendu s’est ouvert entre nous, par messages, par mails, par ces mots qu’il écrivait avec patience et courage. Nous avons cherché des solutions, nous avons prié.
Peu à peu, Francis m’a ouvert la porte de son histoire. Il m’a parlé de l’église de son enfance, où il jouait de l’harmonium. De sa vie riche d’engagements, d’amitiés, de voyages.
De son attachement profond à sa terre et à son métier de viticulteur, reconnu par sa nomination dans l’Ordre du Mérite agricole.
Il m’a parlé aussi de sa famille qu’il aimait profondément  Et de ces nombreux liens tissés tout au long de sa vie.
Mais surtout, j’ai découvert chez Francis quelque chose de très précieux : une foi vivante.
Chaque jour, il lisait un chapitre de la Bible encouragé par son ami Teddy que je salue !
Chaque jour, dans ce silence imposé par la maladie, sa vie devenait davantage prière.
Comme beaucoup  bien sûr ici,  j’ai essayé de l’accompagner modestement dans ce face-à-face exigeant avec la maladie, le silence et parfois la solitude.
Mais aujourd’hui je peux dire avec beaucoup de vérité : je croyais l’aider… et c’est lui qui m’a fortifiée.
Car Francis vivait sa foi avec une simplicité et une profondeur qui touchent le cœur.
Son grand désir était de recevoir le sacrement des malades et de communier. 
Et le 8 février dernier, entouré de sa famille et de ses amis, ce désir s’est accompli. Francis a pu recevoir le sacrement des malades et communier.
Après cette célébration, il m’a envoyé des mots simples pour me remercier de ma présence et de celle de ses proches, mais il m’a aussi confié que sa santé s’était encore détériorée:
Il savait.
Et pourtant, ce jour-là, je crois qu’il avait reçu ce qu’il espérait profondément : la grâce du Seigneur.
Samedi 7 mars, Francis nous a quittés.
Pour nous, c’est une séparation douloureuse. Mais pour lui, je veux croire que c’est une rencontre.
Car la foi chrétienne nous dit que la mort n’est pas la fin.  Elle est un passage.
Un passage vers cette vie éternelle que Francis cherchait avec tant de ferveur.
Francis nous a appris que la parole n’est pas toujours nécessaire pour témoigner de la foi.
Que le silence peut devenir prière.
Et que lorsque le corps s’affaiblit, l’âme peut encore grandir et s’approcher de Dieu.
Alors aujourd’hui, je ne veux pas seulement lui dire adieu. Je veux lui dire merci.
Merci pour cette rencontre improbable,  pour sa leçon de courage,  pour sa foi silencieuse qui m’a profondément touchée.
Et dans la lumière de cette espérance chrétienne, je veux croire que ce que nous vivons aujourd’hui n’est pas une fin…mais un commencement.
Francis, que le Seigneur vous accueille maintenant dans sa paix et dans sa lumière.